samedi 28 août 2010

Le même en plus petit


Le cloporte est de retour, mais cette fois, il tient dans la poche. Et franchement, ca valait le coup d'attendre, car en deux ans il est passé de 18 à 7€ ! Il paraîtra en octobre au Seuil dans la collection Points Sciences.
Alors pour ceux qui ne l'ont toujours pas, on se dépêche d'aller faire un tour à la librairie pour en acheter plusieurs (à ce prix là on peut en offrir plein). Et ceux qui l'avaient déjà, ils vont vite s'en acheter un petit de secours, au cas où ils perdraient le grand.

Et si on a pas le courage d'aller à la librairie, on sort sa carte bleue sur le web ici, ici ou

La présentation de l'éditeur se trouve ici

Mais avant d'acheter, ceux qui veulent en savoir plus sur le cloporte, devront se rendre .

mardi 10 mars 2009

Le bon gras des bactéries

Les bactéries sont capables d'acquérir des résistances aux antibiotiques. Un étude publiée par des chercheurs français dans la revue Nature décrit l'une des stratégies de résistance à de nouveaux traitements qui ciblent les acides gras, constituants essentiels de la membrane des bactéries. Privées de ces acides gras, elles ne devraient théoriquement pas se multiplier. Mais les chercheurs ont remarqué que ces microbes détournaient les acides gras circulant dans le sang humain pour leur propre compte ! Cette stratégie remarquable est mise en oeuvre par des pathogènes redoutés pour leurs multirésistances et contre lesquels il est très difficile de lutter.

Voir ci dessous le communiqué de l'Inserm

Découverte d'une nouvelle stratégie de résistance aux antibiotiques

Grâce à leurs grandes capacités d'adaptation, les bactéries apprennent progressivement à résister aux traitements antibiotiques. Des chercheurs français associant l'Inserm, l'Université Paris Descartes et le CNRS au sein de l'Institut Cochin, ainsi que l'INRA et l'Institut Pasteur ont montré que l'une de leurs stratégies consiste à détourner les acides gras présents dans le sang humain pour leur propre croissance.
Ces travaux sont publiés dans la revue Nature du 5 mars 2009.


Les bactéries sont capables pour survivre de s'adapter rapidement à un nouvel environnement, notamment à la présence d'antibiotiques. Leur matériel génétique évolue et se diversifie, des germes résistants sont sélectionnés et les traitements deviennent alors inefficaces. Ces dernières années, les bactéries pathogènes pour l'homme sont majoritairement devenues résistantes aux traitements antibiotiques.
Médicaments, ampoules, gélules et comprimés. Copyright Michel Depardieu, InsermDes chercheurs français associant l'Inserm, l'Université Paris Descartes, l'Inra, l'Institut Pasteur et le CNRS ont montré que des bactéries à Gram positif pathogènes majeures pour l'homme (streptocoques, entérocoques et staphylocoques) sont capables d'utiliser les acides gras présents abondamment dans le sang humain pour constituer leur membrane. Elles peuvent ainsi échapper à l'activité des antibiotiques censés les empêcher de fabriquer leurs propres acides gras.
Ces derniers sont les constituants majeurs de la membrane bactérienne et leur biosynthèse est considérée comme indispensable à l'intégrité de la cellule bactérienne. De ce fait, les enzymes qui permettent la biosynthèse des acides gras sont proposées comme cibles potentielles pour le développement d'antibiotiques dont certains, déjà validés par des laboratoires pharmaceutiques, inhibent la croissance des bactéries in vitro.
"Nous sommes partis d'observations effectuées sur les streptocoques du groupe B, principale cause d'infection chez les nouveau-nés" explique Claire Poyart. Dans ces travaux, des streptocoques dépourvus des gènes codant pour les enzymes impliquées dans la biosynthèse des acides gras sont incapables de croître dans les milieux de culture conventionnels.
Cependant, ces streptocoques mutants ne présentent aucun défaut de croissance dans des milieux supplémentés avec du sérum humain qui fournit à la membrane bactérienne les acides gras essentiels. Par ailleurs, leur virulence est normale dans des modèles animaux. Ces résultats illustrent un « parasitisme » dans lequel les bactéries ont recours aux composants du sang de l'organisme humain et échappent à l'activité des antibiotiques qui ciblent la voie de biosynthèse des acides gras.

Ces travaux soulignent l'importance de tester l'activité des antibiotiques à l'aide de tests qui miment les conditions réelles de l'infection et du traitement.

Pour en savoir plus

Source :
Type II fatty acid synthesis is not a suitable antibiotic target for Gram-positive pathogens
Sophie Brinster (1,2), Gilles Lamberet (3), Bart Staels (4), Patrick Trieu-Cuot (5), Alexandra Gruss (3) & Claire Poyart (1,2,5,6)
(1) Institut Cochin, Université Paris Descartes, CNRS (UMR 8104), Paris, France.
(2) Inserm, U567, Paris, France.
(3) INRA, UR888, Unité Bactéries Lactiques et Pathogènes Opportunistes,
F-78350, Jouy en Josas, France.
(4) Institut Pasteur de Lille, InsermUMR545, Université Lille 2, Lille, France.
(5) Institut Pasteur, Unité de Biologie des Bactéries Pathogènes à Gram Positif, URA CNRS 2172, Paris, France.
(6) Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Centre National de Référence des Streptocoques, Hôpital Cochin, Paris, France.

jeudi 19 février 2009

Dengue : les supers pouvoirs du moustique

Aedes aegypti, vecteur de la dengue pendant un repas de sang

Manque de bol pour les hommes, la dengue ne rend pas malade les moustiques qui la transmette. Une étude publiée dans la revue Plos Pathogens montre qu'à peine les insectes ont-ils ingéré le sang, ils déclenchent une très forte réaction immunitaire qui les protège. Mais manque de bol bis, cette réaction immunitaire ne suffit pas à anéantir l'agent de la dengue. Pis, les virus se multiplient, si bien que les insectes peuvent les transmettre et donc faire de nouvelles victimes.
Pour rappel, la dengue provoque des fièvres et des fièvres hémorragiques affectant plus de 100 millions de personnes par an dans le monde.

L'étude ici

vendredi 13 février 2009

Les guêpes parasites pratiquent la thérapie génique depuis 100 millions d'années

(source CNRS)

Les guêpes parasites de la famille des braconides et leurs chenilles hôtes constituent un modèle original de parasitisme : les guêpes pondent leurs œufs dans les chenilles et injectent simultanément des particules virales pour contourner les défenses de leur hôte et contrôler sa physiologie. Les gènes codant pour ces particules virales viennent d'être identifiés dans le génome des guêpes par une équipe de l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte (CNRS/Université François-Rabelais Tours), en collaboration avec un laboratoire de l'université de Berne et le Genoscope d'Evry. Il s'agit de gènes provenant d'un virus capturé par l'ancêtre commun des guêpes il y a 100 millions d'années. Ces résultats, publiés dans la revue Science le 13 février 2009, permettent d'envisager de nouvelles pistes pour concevoir des vecteurs de transfert de gènes en thérapie génique.

Guepe parasite


© IRBI-CNRS, Annie Bézier

Guêpe braconide parasite sur une chenille




Pour se perpétuer, les guêpes de la famille des braconides doivent pondre leurs œufs dans des chenilles qui servent à l'alimentation des larves de la guêpe(1). Mais ces chenilles constituent un milieu hostile : elles sont pourvues d'un système de défense efficace qui forme une capsule de cellules immunitaires autour d'un corps étranger. Pour contourner ces défenses, au moment de la ponte dans la chenille, les guêpes injectent des particules fabriquées dans leurs ovaires. Ces particules pénètrent dans les cellules de la chenille. Elles induisent une immunosuppression et le contrôle du développement de la chenille, permettant la survie des larves de guêpe.

Si l'on connaît de nombreux cas de bactéries symbiotiques, cet exemple d'utilisation d'un virus par une espèce parasite pour contrôler la physiologie de son hôte est unique. Afin de mieux comprendre ce phénomène, les chercheurs de l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte (CNRS/Université François-Rabelais Tours) étudient en détail les particules virales. Dans de précédents travaux, ils avaient remis en cause la nature virale de ces particules. En effet, alors qu'un virus possède dans son génome toute la machinerie nécessaire à sa réplication, ils avaient montré que l'ADN des particules virales en est dépourvu.

Dans leurs derniers travaux publiés dans Science, les chercheurs montrent finalement que les particules sont bien de nature virale, mais que les gènes codant pour leurs composants résident en fait dans le génome de la guêpe. Plus de vingt gènes différents codant pour des composants caractéristiques des nudivirus -des virus d'insectes utilisés en lutte biologique- sont exprimés dans les ovaires de la guêpe. De plus, ces gènes sont conservés dans les différentes familles de guêpes fabriquant des particules.

L'ensemble des résultats indique que l'ancêtre des guêpes braconides a intégré dans son propre génome le génome d'un nudivirus. Ces gènes continuent à assurer la production de particules virales mais celles-ci délivrent des gènes de virulence (provenant de la guêpe) dans l'hôte parasité.

Les guêpes ont donc « domestiqué » un virus pour en faire un vecteur de transfert de leurs gènes. L'étude de ce phénomène est particulièrement intéressante pour concevoir de nouveaux vecteurs de thérapie génique. Cette technique thérapeutique consiste à introduire des gènes dans des cellules ou des tissus d'un individu pour traiter une maladie. Ce transfert de gènes est possible grâce à un virus inactivé utilisé comme vecteur. Les particules des guêpes parasites sont en fait de véritables vecteurs « naturels », sélectionnés pendant 100 millions d'années pour exercer cette fonction et capables de transférer de grandes quantités de matériel génétique (plus de 150 gènes). Comprendre comment elles y parviennent pourrait donc s'avérer très utile pour la conception de nouveaux vecteurs thérapeutiques.


Notes :

1) Les guêpes traversent la peau de la chenille par l'intermédiaire d'une sorte de stylet, appelé tarière, puis pondent leurs œufs dans le corps de l'insecte. Les larves se développent ensuite dans le sang de la chenille, en consommant celui-ci.

Références :

Polydnaviruses of Braconid Wasps Derive from an Ancestral Nudivirus. Annie Bézier, Marc Annaheim, Juline Herbinière, Christoph Wetterwald, Gabor Gyapay, Sylvie Bernard-Samain, Patrick Wincker, Isabel Roditi, Manfred Heller, Maya Belghazi, Rita Pfister-Wilhem, Georges Periquet, Catherine Dupuy, Elisabeth Huguet, Anne-Nathalie Volkoff, Beatrice Lanzrein, Jean-Michel Drezen. Science, 13 février 2009.